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mercredi 7 octobre 2009

Ma Déclaration

Pas de panique, je ne m'apprête pas à vous balancer du France Gall dans la face.
J'ai simplement pensé, dans le bus, en rentrant d'une longue journée de Cogip, qu'il était grand temps que je dévoile aux gens qui ne la connaissent pas la passion littéraire qui m'accompagne depuis bientôt 10 ans.

C'est l'homme de ma vie, il s'appelle Jack London.



La plupart d'entre vous (et ce n'est pas une critique) n'en connaissent sans doute que les deux ou trois titres qu'on fait lire aux enfants, à base de chiens de traîneaux dans le Grand Nord. Je l'ai cru longtemps limité à cela, jusqu'au jour où, il y a 10 ans, un éditeur que je ne remercierai jamais assez de cette démarche (Phebus), a décidé de révéler au bon peuple de France le vrai Jack London, un homme aux cent vies et aux mille facettes comme il en exista sans doute peu dans l'Histoire de l'humanité (si si, je vous jure), et comme il n'en existera sans doute pas beaucoup dans l'avenir - surtout si l'on ramène ce qu'il a vécu aux moyens de son époque, où c'était quand même un peu plus chaud la braise de parcourir le monde, pour ne prendre que cette dimension.

Avant d'entrer dans le détail, j'ai envie de vous raconter mon premier contact avec Jack. Décembre 1999. La tempête du siècle vient de frapper la France. La galère d'un Calvi-Paris qui dure 36 heures, dont je vous épargnerai les détails. Enervement d'enfant gâté pestant sur ses problèmes de riche. Jusqu'à ce que, dans ma chambre d'hôtel de Bastia arrachée de haute lutte à Air France, j'ouvre Le Peuple d'en Bas. Jack le journaliste d'investigation infiltre les bas fonds de Londres et pendant 3 mois, vit la misère quotidienne du prolétaire anglais. Comment vous dire que vos problèmes de riche, vous les remballez vite fait, quand au bout de quelques pages, vous réalisez que ce qu'il décrit de Londres 1902 ressemble étrangement à une vie de SDF à Paris 1999 ?
Et pan, la claque dans la gueule, le tout étant merveilleusement écrit.

Et là, forcément, vous lisez la préface qui vous apprend que Jack a été, à l'époque, radicalement édulcoré par ses traducteurs, la plupart de ses livres, y compris ceux présentés comme des romans d'aventure, étant formidablement engagés, et - horreur suprême - assez nettement socialistes.

Guettant fébrilement les parutions, j'ai depuis lu une quarantaine de titres de mon nouvel ami. Soit plus que je n'ai jamais lu d'aucun autre auteur (Dumas, peut-être, en volume ?). Et j'ai eu droit à tout, tant son Œuvre (oui, avec un eudanlo majuscule) est riche et diversifiée.
Petit florilège :
- Avant Adam, ou la Guerre du Feu avant la Guerre du Feu. Un hallucinant roman préhistorique, magnifique par lui-même, et visionnaire puisque tout ce qu'il décrit a été prouvé des décennies plus tard.
- Sur le Ring, deux nouvelles qui feraient aimer la boxe au dernier des réfractaires - sublime.
- Le Talon de Fer, une sorte de pré-1984, un roman d'anticipation politique relatant une révolution prolétarienne survenant en Octobre 1917 (!!) aux Etats-Unis.
- Le Vagabond des Etoiles, vibrant plaidoyer contre les conditions de détention dans les pénitenciers américains, sous couvert d'aventures et de métempsycose. Magique. Dur. Et magique.
- Le Loup des Mers, un personnage de capitaine extraordinaire pour un grand roman d'aventures maritimes
- Martin Eden, bien sûr, unanimement considéré comme le chef-d'œuvre de Jack (sauf par moi, même si je l'adore), roman presque autobiographique (Jack s'en défendait, arguant que Martin était individualiste quand lui était socialiste, mais les faits retracent globalement sa vie) relatant l'abnégation avec laquelle il a bouffé des vaches maigres pendant des années pour devenir, enfin, écrivain (merci d'avoir insisté, Jack), mettant son manteau au clou pour payer les timbres pour envoyer ses nouvelles à des revues. Et une belle histoire d'amour, aussi.
- La Peste Ecarlate, ou les survivants revenus à l'état de nature d'une terre décimée par une épidémie fulgurante. Un peu La Route, un peu la Planète des Singes. Des décennies plus tôt, bien sûr.
- L'Appel Sauvage, ou la réhabilitation de l'Appel de la Forêt, carrément massacré par une traductrice qui, se prenant pour la Comtesse de Ségur, a fait d'un livre d'une violence inouïe une bluette pour enfants, fondant notre ignorance à tous.

Et puis les aventures dans les Mers du Sud qu'il a sillonnées, chez les tribus cannibales, la ruée vers l'or qu'il a vécue, la vie de pilleurs de casiers de pêcheur puis de fliqueur de pilleurs de casiers, la vie d'alcoolique, la vie de rancher, et toutes les autres vies de ce personnage incroyable.
Inutile de lire une biographie, le puzzle se constitue au fil de ses romans et nouvelles, de bonheur en bonheur (taux de déception d'environ 3/40 - et encore, déception que je qualifierai de woodyallenienne : quand on trouve ça bof, ça reste très au-dessus de la moyenne).

Jack London c'est bon, mangez-en.

mardi 23 décembre 2008

Littérature de la catastrophe

Il aura fallu attendre quelques années, que passe la vague des vautours et autres charognards qui ont pondu des torchons spectaculaires à chaud.
Et puis les vrais écrivains ont digéré les événements, et quelques-uns des meilleurs que comptent les Etats-Unis, cet immense pays de littérature bien qu'on le présente souvent comme le pays de la culture zéro (ils ne sont pas à un paradoxe près, en même temps), se sont attelés à la lourde tâche d'écrire et transfigurer la douleur, la déchirure, la cassure de leur peuple consécutive au 11 Septembre.
En ce moment, moi je je lis ça :



Des vies fêlées qui se reconstruisent comme elles peuvent, un couple qui se reforme sans se reformer, des enfants qui observent le ciel... C'est fin et sensible, et ça fait pas de mal parce que je sais pas pour vous, mais moi je en ce moment c'est pas trop la fête du livre (suggestions bienvenues, goûts plutôt sombres...).

Surtout, avant, j'ai lu ça, et c'était magnifique :


McInerney, l'écrivain des yuppies, des années fric, de 30 ans et des poussières, le pote de Bret Easton Ellis... qui plonge ses personnages qu'on a connus jeunes dans ce drame... Fêlure là encore, distance, rencontres déstabilisantes d'individus qui ne se seraient jamais croisés sans "ça". A lire absolument.

Et puis, de fil en aiguille, j'ai envie de vous parler de deux autres grands livres post-cataclysme. Comme ça vous aurez plein d'idées de livres pas très gais mais magnifiques à offrir pour Noël à des gens qui le valent bien.
Le sublime

chronique bouleversante de la survie désespérée d'un père et son fils dans un monde dévasté.

Et, ça n'étonnera pas mes bons camarades, mon idole est naturellement présente dans cette short-list (et y a quand même un risque très élevé que je vous en reparle), j'ai nommé l'immense Jack London, avec

ou le récit d'une épidémie aussi soudaine que foudroyante qui décime la population humaine, et du retour de l'Homme à un état de nature qui ne le met pas toujours à son avantage.

Bon, on va quand même se quitter sur une note plus gaie, je voudrais pas non plus vous déprimer à deux jours de vous farcir une dinde.